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Par Constance Daniel et Shaddy Mbaye
Et si vos tâches répétitives disparaissaient de votre agenda ? Emmanuel Bernard, ancien participant d’Emploi Lausanne, a fait de cette intention son métier. Avec AVQN, son projet professionnel, il accompagne les PME de Suisse romande dans l’automatisation par IA, de la stratégie jusqu’à la formation des équipes. Développeur autodidacte depuis plus de vingt ans, passé notamment par Liip, entreprise Lausannoise, comme responsable de la cellule innovation web3, il revient aujourd’hui sur son parcours, sa passion pour l’innovation et son passage chez Emploi Lausanne, où il a trouvé le cadre idéal pour se réinventer.
Bonjour Emmanuel, est-ce que tu pourrais commencer par te présenter ?
Je m’appelle Emmanuel Bernard, j’ai 39 ans, j’habite Lausanne et j’ai consacré plus de vingt ans au digital. J’ai fait des études d’arts appliqués et dans l’audiovisuel, puis je me suis formé comme développeur en autodidacte.
Je suis arrivé en Suisse il y a une dizaine d’années, où j’ai travaillé pour plusieurs entreprises dont Liip, comme développeur spécialisé dans le front end puis comme responsable de la cellule d’innovation, en charge de développer des internes dans la blockchain, à cette époque des cryptomonnaies, des NFT et du Web3.

Emmanuel Bernard, participant au programme 5D à Emploi Lausanne
Le secteur du développement web a été très impacté par l’arrivée de l’IA et son intégration, comment l’as-tu ressenti dans ton activité ? Et est-ce que ça a impacté tes choix professionnels ?
Oui, c’est fou comme ça chamboule notre activité et je ne connais pas de mot assez fort pour exprimer cet impact de l’IA dans le secteur du développement. Avec le bon prompt et les bons garde-fous, elle produit des choses très impressionnantes et elle révolutionne complètement la façon dont on travaille. Il y a encore quelques années, on tapait à la main des lignes de code compliquées dont on était très fiers ; aujourd’hui l’IA code 10 000 lignes à la minute et je termine en trois jours ce qui aurait demandé trois mois de travail à une équipe de cinq personnes… C’est comme une révolution industrielle, mais du digital. Tout s’est accéléré, la compétence du développeur a complètement changé et on doit aujourd’hui faire preuve d’un peu d’humilité et réinventer notre façon de travailler. C’est notre responsabilité de nous adapter, d’apprendre et de trouver une nouvelle façon de valoriser nos compétences.
Face à des développeurs qui se sentent menacés, toi tu choisis d’embrasser ce changement. Comment tu l’expliques ?
Oui, on ne négocie pas avec une avalanche et j’ai choisi d’embrasser ce changement plutôt que de lutter contre. Je ne suis pas naïf vis-à-vis de l’IA, je suis conscient de ses défauts, ses dangers, et je me documente beaucoup pour ne pas faire de prosélytisme aveugle. Mais l’IA propose aussi des choses très bien et je prends beaucoup de plaisir à redécouvrir mon métier par ce biais, c’est très ludique et c’est un nouveau paradigme de travail vraiment enthousiasmant.
Après ces années de développeur, comment es-tu arrivé chez Emploi Lausanne ?
Il y a deux ou trois ans, j’ai connu plusieurs difficultés de vie et après un an d’arrêt de travail et de chômage, ma conseillère m’a proposé une mesure de réinsertion chez Emploi Lausanne, avec pour objectif de retrouver ma capacité à travailler en entreprise, à mon taux initial de 100 %. Après avoir passé énormément de temps seul chez moi, à coder et développer, j’avais besoin de changement et je voulais aller dehors, alors j’ai choisi le programme DiversCités d’Emploi Lausanne, où on devait s’occuper des espaces verts de la ville, désherber, ramasser des déchets, etc. La mesure devait durer un an, j’ai commencé à 20 % en février 2025 et j’ai augmenté très progressivement, mois après mois. C’était hyper sympa et ça m’a fait beaucoup de bien !
Tu as rejoint 5D Multimédia et Communication Web après un passage à DiversCités, peux-tu expliquer ce qui a motivé ce choix ?
DiversCités m’a fait beaucoup de bien, notamment parce que j’avais besoin d’être en contact avec la nature et que l’équipe qui s’occupait de nous était formidable. Mais ce n’était pas mon domaine, j’adorais toujours autant créer des trucs sur Internet, c’est ma passion depuis plus de 20 ans, mon gagne-pain, et c’est là que je suis bon. Alors je commençais à m’ennuyer, j’en ai parlé à ma conseillère et elle m’a proposé le programme 5D, où j’ai continué à retrouver ma capacité à travailler et réfléchir en équipe sur des projets concrets, dans ma branche.

« Emploi Lausanne m’a donné un cadre plus que favorable pour développer ces nouvelles compétences de formateur. »
Sur quels projets as-tu travaillé pendant cette deuxième mesure ?
J’ai beaucoup apprécié la façon dont j’ai été accueilli, on m’a laissé beaucoup de liberté et les projets sur lesquels je me suis impliqué sont venus assez naturellement. C’est surtout ma maîtrise de l’outil n8n, un outil d’automatisation avec l’IA, qui a intéressé Olivier, le responsable du programme 5D. Après discussion, il m’a proposé plusieurs idées d’automatisations à développer pour Emploi Lausanne, dont la mesure de satisfaction des participants aux formations et la veille emploi pour les participants.
Ces deux tâches étaient encore très artisanales et chronophages, alors on m’a demandé de créer deux prototypes pour les automatiser. Aujourd’hui, la veille emploi est automatisée depuis plusieurs mois : un système cherche les offres en ligne, les analyse, les regroupe et les attribue aux participants concernés. Un employé vérifie et valide ensuite les sélections faites par l’IA avant l’envoi, c’est le principe du human in the loop, où l’humain garde le contrôle des tâches automatisées.
On a encore de chouettes projets en cours, notamment sur la formation des participants, et je me réjouis de pouvoir continuer à les aider à monter en compétence sur l’IA et n8n. Dans l’ensemble, je pense même qu’on est déjà en avance sur le marché : on a une IA hébergée en local sur nos serveurs internes, des licences n8n pour les participants, des formations régulières…
Tu es accompagné par plusieurs encadrants chez Emploi Lausanne, comment décrirais-tu ce soutien ?
J’ai collaboré avec beaucoup de personnes ici, principalement Olivier Dommange, responsable du programme 5D, John Robert-Nicoud, mon encadrant technique, et Madame Ammari, qui m’accompagne sur la dimension stratégique, juridique et administrative de ma future entreprise. C’est mon trio de soutien, ils m’apportent beaucoup, chacun à leur manière, et c’est très complémentaire. Mais c’est aussi le cadre d’Emploi Lausanne, bienveillant, qui m’a beaucoup apporté : une tranquillité, une énergie créative, des projets d’équipe stimulants et un rythme plus réfléchi, que des gens avec beaucoup de sagesse professionnelle peuvent m’enseigner ici.

Tu lances aujourd’hui ta propre activité de consultant-formateur, spécialisé en automatisation par IA : Est-ce que tu peux nous présenter ton projet ?
Je me lance depuis quelques mois en indépendant depuis Emploi Lausanne, un cadre très sécurisant qui me donne le temps et la liberté de réfléchir à ma stratégie, commencer à démarcher et définir mes offres. J’ai choisi le nom AVQN qui signifie aussi vite que nécessaire car j’ai toujours énormément valorisé la vitesse dans mon travail, mais j’ai appris par l’expérience qu’elle pouvait être délétère si elle est excessive. Je veux accompagner les PME et les indépendants dans l’efficacité maîtrisée : aller vite, mais jamais plus que nécessaire.
Concrètement, quels services proposes-tu avec AVQN, et à qui s’adressent-ils ?
Je suis spécialisé dans l’automatisation avec n8n et le transfert de compétences, sous forme de consulting, de coaching individuel ou de formation d’équipes en entreprise. On réfléchit et on élabore ensemble les bases des systèmes qui pourraient leur faire gagner du temps, il n’y a pas besoin d’être développeur pour travailler avec n8n. Toute personne ou équipe qui travaille en partie derrière un ordinateur perd du temps sur des tâches répétitives qui pourraient être automatisées : copier-coller, gestion de chiffres, extraction de données, création de rapports, etc. Tous les secteurs sont concernés, une chaîne de boulangerie, une agence marketing, une entreprise de menuiserie, un institut de formation, et c’est justement ça qui me plaît.
Je suis spécialisé dans l’automatisation avec n8n et le transfert de compétences, sous forme de consulting, de coaching individuel ou de formation d’équipes en entreprise. On réfléchit et on élabore ensemble les bases des systèmes qui pourraient leur faire gagner du temps, il n’y a pas besoin d’être développeur pour travailler avec n8n. Toute personne ou équipe qui travaille en partie derrière un ordinateur perd du temps sur des tâches répétitives qui pourraient être automatisées : copier-coller, gestion de chiffres, extraction de données, création de rapports, etc. Tous les secteurs sont concernés, une chaîne de boulangerie, une agence marketing, une entreprise de menuiserie, un institut de formation, et c’est justement ça qui me plaît.

Tu viens de décrocher tes premiers contrats, comment ça s’est passé ?
Je suis allé présenter mes services à deux clients très différents : un premier, dans le domaine vétérinaire, une chaîne de cliniques vétérinaires, et une très grande entreprise avec des besoins en automatisation colossaux au niveau des ressources humaines. J’ai préparé quelques workflows adaptés à leurs besoins pour illustrer très concrètement les bénéfices de l’automatisation, et ça a fait mouche immédiatement pour les deux. On commence déjà un cursus de formation de trois mois avec quatre personnes de l’équipe, premiers rendez-vous, premiers clients !
Pour ce client par exemple, je développe un système de génération et d’envoi automatique de rapports de séances. Actuellement, les vétérinaires doivent prendre des notes à la main pendant la séance, puis les retranscrire pour créer des rapports, c’est un travail colossal et souvent incomplet, faute de temps. L’automatisation de ce processus est bénéfique des deux côtés : les vétérinaires gagnent du temps et peuvent se concentrer davantage sur l’animal, tandis que les propriétaires reçoivent un résumé de consultation par mail. Le tout, en gardant la possibilité de relire et valider le rapport avant l’envoi.
Est-ce que tu ressens parfois une méfiance de la part des employé·e·s, qui pourraient se sentir menacé·e·s par l’automatisation ?
Pas chez ces deux clients. Je le redoutais pour la chaîne de vétérinaires, car la personne en charge des tâches administratives verra une bonne partie de son travail actuel automatisé, mais elle est au contraire très rassurée et enthousiaste car ses missions vont simplement évoluer ; elle est impliquée dans le projet, apprend à utiliser n8n et pourra bientôt consacrer tout ce temps libéré à de nouvelles tâches plus valorisantes.
L’enjeu, je suis très clair avec mes clients, c’est que l’automatisation fasse monter en compétence leurs équipes et pas qu’elle les remplace. Mais évidemment, j’ai rencontré des gens méfiants et je suis très heureux que l’intégralité de l’humanité n’embrasse pas cette technologie sans réfléchir. Une posture intelligente est d’y aller en se méfiant, et seulement là où ça a du sens et une vraie valeur ajoutée.
Qu’est-ce que tu appelles « workflow » et n8n ?
Un workflow, c’est un enchaînement automatisé d’actions, qui intègre l’intelligence artificielle pour structurer, exécuter et optimiser des tâches. Et n8n, c’est l’outil qui permet de créer des workflows sans coder. L’automatisation, c’est très ancien et toutes les entreprises automatisent. Mais l’intégration de l’intelligence artificielle dans ces processus a révolutionné leur potentiel. On peut par exemple créer « des assistants IA » capables de prendre des décisions, lire des factures, générer des rapports, écrire et envoyer des mails… tout ça automatiquement, en fonction des règles établies. Ce sont des agents IA, c’est-à-dire des LLM (ChatGPT, Gemini, Claude…), connectés à nos outils et dotés d’un contexte ou « mémoire », intégrés à un workflow.

Quel rôle a joué Emploi Lausanne dans la création de ce projet, de la naissance de l’idée jusqu’à sa concrétisation ?
Emploi Lausanne a joué un rôle dans l’engagement d’un projet professionnel concret.. Ça m’a donné un cadre dans lequel me lancer, du soutien, des responsabilités, et on m’a fait confiance en valorisant mes compétences. J’ai pu développer mes compétences de formateur, travailler mon réseau, notamment via ma conseillère en insertion, Madame Dalal Ammari, qui a rendu possible un rendez-vous avec un acteur du secteur de l’énergie. Je suis très reconnaissant pour ce cadre et l’aide que je reçois.
Quels sont tes objectifs et défis pour 2026 ?
Mon objectif est de continuer à rencontrer des personnes avec lesquelles j’aime travailler, créer des solutions ensemble et transmettre mes compétences. Mon grand défi aujourd’hui : apprendre à canaliser mon enthousiasme dans un secteur où l’innovation ne s’arrête jamais.
Ancien participant d’Emploi Lausanne, Emmanuel Bernard met aujourd’hui ses vingt ans d’expérience dans le digital au service des PME et des indépendants de Suisse romande, en les accompagnant dans l’automatisation de leurs processus métier, à découvrir sur avqn.ch.
Autres informations
Programme
Crédits
Ivana Mikulic
Jessica Gashi
Alejandro Toro Menadas
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