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Par Constance Daniel
Unité essentielle de la Ville, le Service social de Lausanne accueille chaque année plus de 130 000 personnes et traite des milliers de dossiers. Mais au-delà de l’accompagnement des publics, il s’engage activement dans la réinsertion professionnelle.
Depuis plus de 15 ans, l’unité de soutien du Service, portée par Méry Iovanna, Nathalie Dupuis Costa et Maria Grazia Izzo, accueille des personnes en emploi temporaire en partenariat avec Emploi Lausanne – un soutien précieux pour l’équipe et un véritable tremplin professionnel pour les participants. Ensemble, elles reviennent sur cette collaboration qui s’est imposée comme une évidence.
En quelques mots, pouvez-vous nous présenter le rôle du Service social de
Lausanne et de votre unité de soutien ?
Nathalie Dupuis Costa (secrétaire de l’unité et encadrante) : Le Service social de Lausanne aide des personnes en difficulté financière ou sociale en les conseillant, en les orientant vers les aides disponibles ou en les aidant financièrement.
Méry Iovanna (responsable de l’unité) : Notre unité de soutien, elle, soutient les différents domaines du Service – revenu d’insertion, assistants sociaux, assurances sociales – notamment en gérant les paiements des différents frais, les attestations, l’archivage des dossiers, etc.

En tant que service social, quel rôle pensez-vous devoir jouer en matière
d’emploi et d’insertion ?
Nathalie D. C. : Que ce soit pour les personnes en emploi temporaire, accueillies via Emploi Lausanne, ou pour les personnes en contrat d’auxiliaires, notre objectif est de les accompagner individuellement pour favoriser leur autonomie, prévenir leur exclusion et travailler leur réseau. Mettre un pied au sein d’un grand service public comme le nôtre leur permet justement toutes ces choses, elles ont des missions, elles s’intègrent dans une équipe et elles élargissent leur réseau professionnel, notamment par le biais d’Intranet, où elles accèdent à toutes les offres de la Ville de Lausanne en amont des journaux.
On sait que les bons éléments retrouvent toujours du travail, soit en cours d’emploi temporaire, soit dans la foulée. Ces mesures, c’est vraiment un tremplin pour eux et leur carrière professionnelle, ça leur ouvre des portes – dans les autres CSR du canton, des assurances sociales, du service public, etc. – et ça leur permet de gagner en expérience et de reprendre confiance en eux pour se réinsérer au mieux.

Qu’est-ce qui vous a motivé à devenir institution d’accueil avec Emploi
Lausanne ?
Méry I. : La première motivation, il ne faut pas le cacher, ça a été la possibilité d’avoir des personnes en plus – c’est un véritable soutien pour l’unité. Mais la motivation est aussi celle de Maria et Nathalie, qui adorent recevoir, former et encadrer les personnes, et notre désir commun d’offrir à des personnes l’opportunité de découvrir notre milieu et de se forger de nouvelles expériences professionnelles.
Nathalie D. C. : C’était une évidence pour nous de devenir institution d’accueil, car quand une personne vient demander de l’aide au Service social, sa réinsertion professionnelle est toujours la clé, tant pour l’aspect financier que social. Ça fait maintenant plus de 15 ans qu’on collabore avec Emploi Lausanne !
En quoi consiste cette collaboration avec Emploi Lausanne ?
Maria Grazia Izzo (secrétaire de l’unité et encadrante) : On propose des emplois temporaires de six mois, avec deux postes pour de l’administratif et un poste pour de l’archivage. Tout ça en collaboration avec Emploi Lausanne, qui nous propose les profils et avec qui on fixe un accord d’objectifs au début de la mesure, pour le valider ensemble à la fin.

Nathalie D. C. : Emploi Lausanne nous propose des profils très variés, on accueille des personnes de tous les âges, de tous les milieux et avec des parcours et des objectifs différents – certains n’ont pas travaillé depuis longtemps et ont besoin de se réinsérer dans le milieu du travail, d’autres veulent simplement découvrir un service public ou social. C’est aussi l’opportunité pour eux d’obtenir un certificat de travail et d’accéder à des postes fixes – le « Graal », car quand des postes s’ouvrent en interne on fait très souvent appel à d’anciens
participants.
Concrètement, comment se déroule un emploi temporaire de 6 mois au Service
social de Lausanne ?
Nathalie D. C. : Notre credo, c’est de toujours nous adapter à la personne. Le but n’est pas de « faire pour faire », le but c’est que les personnes comprennent ce qu’elles font, qu’elles développent de nouvelles compétences et que le bilan soit positif.
Méry I. : Les deux tâches qu’on donne en premier lieu sont la préparation à l’archivage et le comptage du courrier. C’est le bon exemple d’une tâche qui, si on ne l’explique pas, n’a pas de sens, mais qui une fois expliquée et comprise motive la personne et la rend plus investie. Car ces courriers, ce sont les statistiques qui me permettent de revendiquer le nombre de tâches qu’on effectue et donc le nombre de postes dont j’ai besoin. C’est une tâche primordiale, sans laquelle l’unité n’existerait pas.
Maria G. I. : Ensuite, quand c’est possible, on aime bien fonctionner en binôme avec les postes administratifs : la personne qui termine sa mesure forme la nouvelle personne – c’est bénéfique pour la personne qui transmet ses connaissances car elle se sent valorisée, et les deux apprennent à s’auto-gérer et à collaborer, ce qui est précieux pour leur expérience professionnelle.
Sur quels points cette collaboration a été particulièrement bénéfique pour l’unité
et vos équipes fixes ?
Méry I. : Il n’y a que du bénéfice. Déjà, ça apporte de la nouveauté dans l’unité, l’équipe est très contente à chaque fois qu’on a de nouvelles personnes et on les intègre comme de nouveaux collaborateurs, sans faire de différence. Pour moi c’est primordial, j’ai envie qu’il y ait une cohésion et qu’on ait du plaisir à venir travailler. Ensuite, c’est un investissement au départ le temps de les former, mais ça nous apporte un réel soutien, qui n’est pas négligeable.
Maria G. I. : Notre masse de travail est très importante et fluctue énormément, alors ces personnes en emploi temporaire nous permettent aussi d’être plus flexibles.

Entre l’arrivée des participants et leur départ, quelle évolution observez-vous ?
Nathalie D. C. : Que ce soit extrêmement positif ou qu’il reste certaines choses à améliorer, on observe toujours une évolution et toutes les personnes qui viennent chez nous en tirent quelque chose de positif. Cette évolution, on la voit surtout sur leur confiance en eux, car beaucoup de personnes qui viennent chez nous ont vécu des expériences professionnelles difficiles… Ces six mois, ça leur permet de reprendre un rythme de travail régulier, de se réintégrer dans une équipe, d’échanger avec des personnes en dehors du
domaine privé et de développer une confiance qui leur ouvrira des portes.
Filipa Marques Silva, ancienne participante en emploi temporaire, aujourd’hui embauchée en emploi fixe dans l’unité de soutien du Service social de Lausanne, témoigne :
Filipa Marques Silva : Je confirme. Je suis arrivée en emploi temporaire au Service social après un burn-out, j’étais encore fragile et je manquais énormément de confiance en moi, mais cette expérience a été vraiment très positive, elle m’a permis de découvrir un nouveau milieu, d’acquérir de nouvelles compétences et je me suis sentie tout de suite à l’aise, en confiance. J’ai senti que j’évoluais assez rapidement et que c’était une opportunité, une ouverture vers d’autres domaines. C’est vers la fin de ma mesure qu’un poste à 100 % est
tombé, et je me suis dit « T’as intérêt à postuler ! ». Je l’ai fait, j’ai eu le poste et aujourd’hui ça fait trois ans.

Dans votre équipe actuelle, combien de personnes sont d’anciens participants
en emploi temporaire ?
Nathalie D. C. : Trois personnes sur treize dans l’équipe sont d’anciens participants, mais d’autres sont toujours dans le Service, à d’autres postes. Je pense notamment à la toute première personne que j’ai accueillie en emploi temporaire en 2013, comme secrétaire, il a ensuite été embauché comme archiviste et il est aujourd’hui gestionnaire de prestation. La preuve qu’il y a aussi de nombreuses possibilités d’évolution dans le Service !
Vous étiez là quand le partenariat avec Emploi Lausanne s’est mis en place il y a
plus de 10 ans, quelles sont, selon vous, ses plus grandes réussites ?
Maria G. I. : L’encadrement. Avec l’expérience, on a appris à s’ajuster et à s’adapter aux personnes, qui sont toutes différentes, qui ont toutes des parcours différents, et on a mis à jour notre protocole de formation.
Nathalie D. C. : La collaboration avec Emploi Lausanne est aussi très importante. On a besoin d’eux car ce sont eux qui nous proposent des personnes via l’ORP, mais leur soutien, leur avis et nos échanges sont aussi essentiels dans cette collaboration.
Est-ce que cette collaboration est amenée à évoluer ?
Nathalie D. C. : Tout dépend du marché du travail et des critères du Service de l’emploi, car on est aussi tributaires de ça – on ne peut ouvrir un poste en emploi temporaire à 100 % qu’à partir d’un certain nombre de personnes en emploi fixe à 100 % chez nous. Donc on aimerait ouvrir plus de postes, ce n’est pas possible pour le moment mais on n’est pas fermées du tout !

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Ivana Mikulic
Jessica Gashi
Alejandro Toro Menadas
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